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Recettes et Astuces pour les plus Modestes, les Fauchés,
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Pour venir en aide à ceux qui ont des moyens minimes (argent,
ustensiles...) mais qui refusent la morosité dans leur assiette.
Mieux manger c'est relever la tête,
c'est une forme de résistance et un combat contre la guigne.
Admettons une bonne fois pour toutes qu'une cuisine économique n'est pas une cuisine pauvre ou triste !
Faisons simple et astucieux, bon et sympa,
énergique et souriant, soyons plus forts que l'adversité,
en un mot: Soyons RICHES!

 



Noces de Perle

Bonjour et bon dimanche à tout le monde !

Ma note sur les baies sauvages n'ayant pas remporté un grand succès,

je vous convie en COUPS DE CŒUR pour célébrer les noces de Perle (30 ans de mariage)

de notre ami Lionel et son épouse Chantal.... mais tant pis, c'est encore à la campagne !


D'Azeroles en Cornouilles


   L'automne est la saison rêvée pour les cueillettes ! C'est aussi le moment d'avoir une pensée respectueuse pour nos anciens qui n'auraient jamais laissé perdre les trésors de la nature : Fruits à coques ou baies à conserver et transformer en sirops, liqueurs, remèdes et confitures.

Les pluies des saisons dernières ont favorisé la pousse des "petits fruits" sauvages et j'ai en plus la chance d'avoir une amie fervente de randonnée, activité qui lui permet d'ouvrir l’œil en chemin et de repérer les bons coins !


Dans le sens des aiguilles d'une montre : Amandes, Cornouilles et Azeroles.

   Les amandes, tout le monde connait, les deux autres certainement moins... Surtout l'azerole qui est typiquement méditerranéenne, alors, lecteurs qui vivez plus haut, pardonnez-moi ! On débutera la note avec elle pour finir avec la cornouille, qui est présente dans toute l'Europe et bien au-delà.

   L'azerolier (Crataegus azarolus) est un grand arbre de 10 mètres de haut, de la famille des Rosacées et du genre des Aubépines.
Signes particuliers : Au printemps, fleurs blanches superbes... qui puent le poisson pourri !!! Ses feuilles ont la forme d'une patte d'oie et son bois porte des épines courtes
. Les fruits d'environ 2 cm de diamètre sont fermes, rose fluo, ressemblent à des pommes miniatures et renferment un double noyau.

L'azerole est aussi appelée "pommette" ou "cenelle". En Chine, elle entre dans la composition d'une boisson précieuse très recherchée : Le thé aux 8 trésors...

Et bien mes ami(e)s, voilà le fruit qui possède la plus forte concentration en vitamine C, connu au monde à ce jour ! Il est pourtant des plus modestes et n'a rien d'exotique.

   Croquer ces délicieuses azeroles à même l'arbre est un privilège bien supérieur à l'acquisition du dernier IPhone dont la vie sera très courte, coûtera cher, polluera la nature avec ses batteries au lithium, alors que l'azerolier -si on s'en donne la peine- survivra encore quelques siècles. Mais bien sûr, ce n'est que mon avis...

   Après avoir mis les azeroles à cuire dans très peu d'eau, j'ai cru rêver d'Orient avec ses parfums des Mille et Une Nuits !
Montaient aux narines des vapeurs de pomme rouge, de coing mûr et de rose de Damas. Mais... je me méfie des couleurs qui suggèrent certains parfums au cerveau, à un point tel que l'on peut sentir des odeurs inexistantes.
Heureusement, ma voisine vient toquer à la porte.
- Tu fais de la gelée de rose ? Tu as enfin trouvé des roses parfumées ? C'est génial !

Donc, l'azerole sent bel et bien la rose en cuisant ! Et que oui Paulette c'est génial !

   Une fois les fruits éclatés, il faut les passer à la moulinette afin de récupérer la chair sans noyaux ni peaux. La suite est commune à toute confiture : On pèse la pulpe pour doser le même poids de sucre, sauf que je voulais conserver la saveur acidulée des azeroles ; donc, je n'ai ajouté que 500 g de sucre pour 1 kg de pulpe, la cuisson sera un peu plus longue et je suis trop contente pour m'en inquiéter !


Comme sa cousine la pomme, l'azerole étant très riche en pectine, la prise fut extrêmement rapide.


Confiture d'azerole : La couleur dorée de la pâte de coing, la transparence de la gelée de pomme
et les éclats rouges des pétales de roses confits... Le roi n'est pas mon cousin, c'est une certitude !

PASSONS AUX MAGNIFIQUES ET DISCRÈTES CORNOUILLES

   Le cornouiller mâle (Cornus mas) est beaucoup plus petit, il porte des feuilles vert-jaune gaufrées et comme l'arbuste TOUT ENTIER était utilisé autrefois, on en plantait de longues haies clôturant des parcelles de terre.
Insignifiant le cornouiller ? Vous allez voir que non !

S'il affectionne les sols calcaires et résiste à - 30°, il a été apprécié dans le monde entier d'abord pour son bois très particulier, lourd et dense (le seul bois qui ne flotte pas, nommé "bois de fer") et dont on faisait les meilleurs arcs et flèches, les plus résistants manches d'outils et même son écorce est classée tinctoriale et médicinale.

   Faisons un peu le tour du cornouiller, originaire des rives de la Mer Noire, très prisé par les arméniens qui mettent encore aujourd'hui ses baies en saumure comme des olives et par les russes qui en tirent un vin par fermentation...
Et puis il a peuplé l'Europe, donc il y en a forcément quelques uns par chez vous mais toujours en sol calcaire, à l'orée des bois de feuillus.

   Sa floraison dès février est une aubaine pour les abeilles affamées qui se délectent du pollen de ses ombelles jaunes, il fleurit même avant le Forsythia, voilà un excellent indice de repérage dans la nature !
Si l'année est bonne, l'arbuste fructifiera : Ses baies sont comparables à des cerises (pour la couleur et la pulpe) mais avec la forme des olives... le noyau itou ! De rouge écarlate en août, la cornouille virera au rouge bordeaux, la cueillette s'en suivra dès que la chair deviendra souple et même un peu blette : Début septembre faudra aller les tâter et suivant les régions on pourra cueillir jusqu'à mi-octobre !

   La saveur de la cornouille est mixte et acidulée, compromis entre groseille et cerise...
Cuisinons-la !
On peut en faire des chutneys, des sauces pour accompagner les volailles mais je me suis cantonnée
à la confiture parce que c'est du bonheur à transformer !

Une fois les cornouilles mises "à crever" à peine couvertes d'eau, on récupère la pulpe écarlate
grâce à la bonne vieille moulinette, le geste est assez sportif mais le jeu vaut la chandelle !

Là encore, je n'ai mis que peu de sucre afin de conserver l'acidité typique des petits fruits rouges.
L'effet de la chaleur produit une lave en fusion qui bouillonne sous mon nez ravi !


Quelques quarante minutes plus tard, la confiture prend des arômes de cassis et la couleur des violettes.
Avec celle de citre, la confiture de cornouilles est ma préférée, elle est unique et vaut bien qu'on sorte
de la cueillette les bras griffés jusqu'au sang : C'est une confiture qui se mérite !


Confiture de cornouilles.

Il m'a paru fort dommage de jeter le solde de peaux et noyaux encore enrobés d'un peu de pulpe :


Recyclage des déchets.

Je leur ai ajouté un minimum de sucre et d'eau, remis le tout sur le feu, laissé bouillonner gentiment
le temps de nettoyer ma cuisine
carrément repeinte en rouge, coquin de sort, y en avait partout !


Enfin, les déchets ont été filtrés (non sans mal !) pour obtenir une boisson acidulée
très proche du jus de canneberge ou de grenade ; et si j'en avais eu le courage, j'aurais pu travailler
les noyaux, les nettoyer, les faire sécher pour en remplir un petit coussin à chauffer en hiver...

   Hélène, mon amie et guide, émet un souhait aussi intéressant que tout à fait réalisable :
Il serait bon que les propriétaires de terrains arides pérennisent ces arbres sauvages avant qu'ils ne disparaissent de la surface de la Terre car on ne fabrique plus d'arcs ni de flèches en bois, les teintures sont chimiques, les manches à outils nous arrivent des pays de l'Est, quant à la population qui court après le temps, elle achète sa confiture au supermarché.


(document Rustica)

   Il suffirait de connaître un homme de l'Art, un qui maîtrise la technique de la greffe, couper un scion d'azerolier ou de cornouiller, bien panser la plaie et espérer obtenir un arbre rare à offrir en cadeau à Mère Nature et à nos descendants.

... Oui... ce serait bien de faire revivre les espèces qui s'apprêtent à mourir... par notre faute.

Maryse
  |  Publié dans Confitures, Cueillettes
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